Le mythique et fantastique "Acier Damas" semble avoir accompagné toute l'histoire du travail du fer depuis sa découverte jusqu'à nos jours avec plusieurs périodes de résurgence alternées avec que longues périodes d'oublis du moins en Europe. Il a été fabriqué dans le Caucase par les Hittites environ 2500 ans avant J.C., rapidement après la découverte du fer, et s'est diffusé dans toute l'Europe et vers l'Asie. Il aurait disparu lors des conquêtes romaines pour réapparaître sous les Mérovingiens. Entièrement oublié pendant le moyen-age, les croisés le redécouvrent pendant les croisades où il prend son nom "Acier Damas" (probablement par analogie avec le tissu de Damas car la surface de l'"Acier Damas" est moirée comme celle du tissu). Les cimeterres arabes, faits en acier au bel aspect moiré, sont en "Acier Damas". Nouvelle période d'oubli, il réapparaît sous Napoléon avec son apogée pour la fabrication des canons de fusils ("Acier Damas" enroulé autour d'un moyeu et soudé à la forge) à Liège vers la moitié du 19 ème siècle et de nouveau disparaît jusqu'au renouveau de la coutellerie d'art en Amérique puis en Europe. En Asie, il s'est de tout temps été utilisé.

Les forgerons ont très tôt découvert, lors de l'élaboration du fer, un métal très dur le fer carburé -> l'acier. Mais le fer et l'acier ne correspondent pas toujours au besoin. Le fer est souple et malléable, il s'use et ne coupe pas. L'acier est dur et cassant, il s'use peu et coupe très bien après les modifications de la trempe mais ce qui amplifie ses défauts. Les forgerons ont découvert qu'ils pouvaient diminuer les défauts et améliorer les qualités en unissant intimement le fer et l'acier -> "Acier Damas". De fait en combinant le fer, l'acier et l'"Acier Damas", les forgerons obtiennent un matériau composite. En Mélanésie, les forgerons utilisent du fer météoritique pour élaborer l'"Acier Damas" des "Kris". Le sabre de samouraïs japonais "katana" est l'aboutissement de cette technique de forge. Il allie souplesse de la lame et dureté du tranchant. En effet, la lame d'un "katana" est assemblée par soudure avec trois éléments :

Ceci allié à une trempe sélective (un enrobage de la lame, par de l'argile mêlée à du charbon de bois pulvérisé et de la paille de riz, va protéger de par son épaisseur la partie de la lame qui ne doivent pas être trempées).

L'"Acier Damas" regroupe en fait 2 techniques :

Pour obtenir l'"Acier Damas" de soudure, le forgeron lie plusieurs couches de fer (ou acier doux : actuellement, le fer pur se trouve difficilement en Europe) et de l'acier dur, il le chauffe dans le foyer de forge jusqu'à pratiquement la température de fusion puis le martèle sur l'enclume ou au pilon pour le souder, l'étire jusqu'à obtenir la moitié de l'épaisseur de départ le coupe partiellement en son milieu et le replie. Il le chauffe de nouveau jusqu'à pratiquement la température de fusion, le soude par martèlement, et répète les opérations pour avoir le nombre de couches souhaitées. Ensuite le forgeron fait sortir certaines couches de métal soit par meulage et forgeage ou inversement soit par torsade. Un motif est ainsi créé à la surface du métal (échelle de Mahomet, grains de riz ou torsades) qui sera révélé par immersion dans un bain d'acide après polissage.

Des motifs d'un très bel effet sont découverts au centre d'une torsade coupée par le milieu.

Mes premiers essais en damas.

En refroidissant très rapidement de l'acier chauffé au rouge dans un bain d'eau ou d'huile, le forgeron réalise la trempe. Cela rend l'acier très dur et cassant et doit être corrigé par un chauffage vers 200°C environ : le revenu. Voir le Diagramme Fer-Acier

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